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Les villes les plus pauvres de France

La ville la plus pauvre de France est Sainte-Foy-la-Grande (33), où 48 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Suivent Roubaix et Grigny. À l'échelle des grandes villes, c'est Roubaix qui détient ce record. Un état des lieux chiffré, d'après les données fiscales de l'INSEE, sans jugement.

4 303 communes classéesSource : INSEE Filosofi 2022
Ville la plus pauvre : Sainte-Foy-la-Grande, 48 %Médiane du classement : 12 %Taux de pauvreté en France : 14,9 %4 303 communes · INSEE Filosofi 2022
#CommuneTaux de pauvreté
1
Sainte-Foy-la-Grande33
Revenu médian 14 050 €Chômage 27,1 %
48 %
2
Roubaix59
Revenu médian 14 580 €Chômage 27,9 %
46 %
3
Grigny91
Revenu médian 14 790 €Chômage 19,3 %
44 %
4
Denain59
Revenu médian 14 890 €Chômage 31,9 %
43 %
5
La Grand-Combe30
Revenu médian 15 050 €Chômage 20,6 %
43 %
6
Aubervilliers93
Revenu médian 15 330 €Chômage 18,9 %
42 %
7
La Courneuve93
Revenu médian 15 150 €Chômage 23 %
42 %
8
Clichy-sous-Bois93
Revenu médian 15 260 €Chômage 19 %
42 %
9
Louvroil59
Revenu médian 15 180 €Chômage 37,3 %
42 %
10
Creil60
Revenu médian 15 440 €Chômage 24,2 %
40 %
11
Garges-lès-Gonesse95
Revenu médian 15 750 €Chômage 17,7 %
39 %
12
Castillon-la-Bataille33
Revenu médian 15 750 €Chômage 18,8 %
39 %
13
Avesnes-sur-Helpe59
Revenu médian 15 750 €Chômage 38,4 %
38 %
14
La Fère02
Revenu médian 16 210 €Chômage 30,4 %
38 %
15
Saint-Denis93
Revenu médian 16 470 €Chômage 20,1 %
37 %
16
Stains93
Revenu médian 16 130 €Chômage 18,8 %
37 %
17
Villiers-le-Bel95
Revenu médian 16 190 €Chômage 19,3 %
37 %
18
Montereau-Fault-Yonne77
Revenu médian 16 280 €Chômage 22 %
37 %
19
La Chapelle-Saint-Luc10
Revenu médian 16 420 €Chômage 26 %
37 %
20
Behren-lès-Forbach57
Revenu médian 15 770 €Chômage 23,2 %
37 %
21
Bohain-en-Vermandois02
Revenu médian 16 190 €Chômage 31,7 %
37 %
22
Mulhouse68
Revenu médian 16 620 €Chômage 24,6 %
36 %
23
Béziers34
Revenu médian 16 830 €Chômage 21,8 %
36 %
24
Bobigny93
Revenu médian 16 330 €Chômage 18,8 %
36 %
25
Maubeuge59
Revenu médian 16 320 €Chômage 29,6 %
36 %
Comment lire ce classement ?
Le taux de pauvreté est la part des habitants dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60 % du niveau de vie médian national (source INSEE, dispositif Filosofi 2022). La barre le situe sur une échelle de 0 à 55 % ; le trait pointillé marque le taux national (14,9 %). Le classement ne couvre que les communes pour lesquelles l'INSEE publie ce taux, soit environ 4 030 communes de plus de 1 000 habitants : sous ce seuil, le secret fiscal l'interdit. À taux égal (arrondi au point), la commune la plus peuplée est classée devant. Le taux de chômage indiqué est celui du recensement (auto-déclaré, plus élevé que le taux officiel du Bureau international du travail), millésime 2021.
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Le top 15 en détail

Ville par ville, ce que disent les chiffres de l'INSEE et ce qui explique une pauvreté aussi concentrée : héritage industriel effondré, relégation des grands ensembles, déprise des petites villes isolées. Un état des lieux, pas un jugement.

1

Sainte-Foy-la-Grande (33)

48 % · ×3,2 le taux national
Taux de pauvreté
48 %
France : 14,9 %
Revenu médian
14 050 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
27,1 %
France : 7,8 %

Sainte-Foy-la-Grande affiche le taux de pauvreté le plus élevé de France : 48 % de ses habitants vivent sous le seuil, plus de trois fois la moyenne nationale. Ce record tient d'abord à sa taille. La commune est l'une des plus petites de France, à peine 51 hectares, une bastide serrée qui concentre les ménages modestes de tout un pays rural, le Pays foyen. L'Observatoire des inégalités le rappelle : un tel classement vaut pour une taille de commune donnée, et les plus petites y sont surreprésentées. Fondée en 1255 sur la Dordogne par le frère de Saint Louis, la bastide a longtemps vécu de son marché et de ses commerces. L'essor des zones commerciales de périphérie a vidé son centre médiéval, enclenchant une spirale de vacance et d'appauvrissement. La ville reste pourtant une pépinière de mémoire : le géographe Élisée Reclus et le médecin Paul Broca y sont nés. Un contrat de ville, signé en 2015, s'attache aujourd'hui à raccrocher le centre-bourg.

2

Roubaix (59)

46 % · ×3,1 le taux national
Taux de pauvreté
46 %
France : 14,9 %
Revenu médian
14 580 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
27,9 %
France : 7,8 %

Roubaix est la grande ville la plus pauvre de France métropolitaine : 46 % de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté, un cas sans équivalent pour une commune de près de 100 000 âmes. L'origine est écrite dans son surnom, la Manchester française. Capitale mondiale de la laine, la ville aux mille cheminées comptait 267 usines textiles en 1911, et sa population avait été multipliée par quinze en un siècle. Puis le textile s'est effondré. Les fermetures commencent au milieu des années 1970, et La Lainière, dernière grande filature, éteint ses machines en 2000. Quand l'industrie qui faisait vivre une ville entière disparaît, la pauvreté s'installe pour longtemps. Roubaix ne s'y résout pas. Elle a engagé plus de 430 millions d'euros de rénovation urbaine sur quatre quartiers, et transformé son ancienne piscine Art déco en un musée, La Piscine, devenu l'un des symboles de sa renaissance.

3

Grigny (91)

44 % · ×3 le taux national
Taux de pauvreté
44 %
France : 14,9 %
Revenu médian
14 790 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
19,3 %
France : 7,8 %

Grigny est née trop vite. En quelques années, à la charnière des années 1960 et 1970, deux ensembles gigantesques sortent de terre : la Grande Borne, cité de près de 3 800 logements dessinée par l'architecte Émile Aillaud, et Grigny 2, copropriété privée de près de 5 000 logements, la deuxième d'Europe par la taille. La population explose, sans qu'aucun bassin d'emploi local ne suive. Le taux de pauvreté atteint 44 %, le plus élevé de son territoire. Grigny 2 a sombré dans la dégradation : impayés de charges par millions, marchands de sommeil, quasi-faillite en 2021. L'État a fini par reprendre la main. Depuis 2016, une opération d'intérêt national rachète et redresse les copropriétés les plus en difficulté, quand la Grande Borne est en rénovation urbaine depuis 2007. Le redressement se joue immeuble par immeuble, sur le temps long.

4

Denain (59)

43 % · ×2,9 le taux national
Taux de pauvreté
43 %
France : 14,9 %
Revenu médian
14 890 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
31,9 %
France : 7,8 %

Denain porte une cicatrice devenue nationale. En 1979, quand la sidérurgie Usinor qui faisait vivre la ville commence à fermer, ses ouvriers se soulèvent : la bataille de l'acier reste un moment fort de l'histoire sociale française. Rien n'y fait. Le grand plan acier de l'État emporte des milliers d'emplois, et le bassin s'enfonce. Aujourd'hui, 43 % des Denaisiens vivent sous le seuil de pauvreté, et une large part de la ville est classée en quartier prioritaire d'intérêt national. La pauvreté n'est pas ici une fatalité choisie, mais la trace d'une décision industrielle prise ailleurs. La reconquête est engagée. Denain a signé fin 2022 un nouveau programme de renouvellement urbain d'environ 120 millions d'euros, et la ville, qui avait perdu des milliers d'habitants, en a regagné depuis, repassant le cap des 21 000.

5

La Grand-Combe (30)

43 % · ×2,9 le taux national
Taux de pauvreté
43 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 050 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
20,6 %
France : 7,8 %

La Grand-Combe dit toute son histoire dans son nom. Ville-champignon née du charbon, elle est créée en 1846 autour des puits de la Compagnie des mines fondée par Paulin Talabot, dans le bassin houiller des Cévennes. Le charbon a fait sa fortune : record de production en 1958, jusqu'à 20 000 mineurs dans le bassin d'Alès. Puis les puits ferment, l'un après l'autre, jusqu'au dernier en 1985. La ville se vide de moitié, passant de 14 500 habitants en 1954 à moins de 5 000 aujourd'hui. Avec 43 % de sa population sous le seuil de pauvreté, elle a même été un temps désignée comme la commune la plus pauvre de France. Elle garde debout sa mémoire ouvrière : le chevalement du puits Ricard est inscrit au titre des monuments historiques, la Maison du Mineur raconte le fond. Et sur ses anciens terrils, une ferme photovoltaïque produit désormais de l'électricité.

6

Aubervilliers (93)

42 % · ×2,8 le taux national
Taux de pauvreté
42 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 330 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
18,9 %
France : 7,8 %

Aubervilliers a longtemps été « l'ouvrière ». Au XIXe siècle, ce village maraîcher devient un centre industriel de premier plan, avec Saint-Gobain, la chimie, la métallurgie et une manufacture d'allumettes. La ville-usine attire vague après vague de travailleurs venus d'ailleurs, Belges, Espagnols, Italiens, puis du Maghreb et d'Afrique : dès 1926, un habitant sur cinq est étranger. La désindustrialisation des années 1960 et 1970 emporte les emplois, sans que la reconversion vers les services ne profite d'abord aux habitants. Le taux de pauvreté atteint 42 %, et près de neuf habitants sur dix vivent en quartier prioritaire. L'avenir se construit pourtant vite. Le Campus Condorcet, grand pôle de sciences humaines, a ouvert en 2019 ; la ligne 12 du métro est arrivée en 2022 ; et d'anciennes friches se couvrent de bureaux. Aubervilliers redevient un centre, à sa manière.

7

La Courneuve (93)

42 % · ×2,8 le taux national
Taux de pauvreté
42 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 150 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
23 %
France : 7,8 %

La Courneuve tient dans un nom : la cité des 4000. Lancé en 1956, ce grand ensemble de près de 4 000 logements est devenu le symbole des cités françaises, célébré puis décrié, filmé et démoli par pans entiers, de la barre Debussy en 1986 à Balzac en 2011. Derrière l'image, une ville d'usines : la chaudronnerie Babcock, qui employa près de 1 400 ouvriers, les turbines Rateau, l'aéronautique. La désindustrialisation des années 1970 à 1990 a frappé de plein fouet. Aujourd'hui, 42 % des Courneuviens vivent sous le seuil de pauvreté, et près de neuf habitants sur dix résident en quartier prioritaire. La ville se transforme sous l'effet de la rénovation urbaine, borde le vaste parc départemental Georges-Valbon, et voit arriver le tramway T11 puis une gare du Grand Paris Express. Le désenclavement, longtemps promis, prend enfin forme.

8

Clichy-sous-Bois (93)

42 % · ×2,8 le taux national
Taux de pauvreté
42 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 260 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
19 %
France : 7,8 %

Clichy-sous-Bois a longtemps été une ville sans issue. Jusqu'à récemment, ni gare ni métro : on n'en sortait qu'en voiture ou en bus, malgré des promesses de désenclavement vieilles de 1966. Cet isolement a nourri la pauvreté. La commune s'est bâtie autour de grandes copropriétés des années 1960, le Chêne Pointu et l'Étoile, plus de 1 500 logements tombés dans la dégradation, où la quasi-totalité des habitants vit en quartier prioritaire. Le taux de pauvreté y atteint 42 %, un niveau que la ville occupe depuis le début des années 2000. La réponse publique est à la hauteur. Clichy-sous-Bois a accueilli, en 2015, la toute première opération de requalification des copropriétés dégradées de France : 1 300 logements vétustes démolis, 1 500 reconstruits. Et le désenclavement est arrivé, avec le tramway T4 en 2019, bientôt suivi d'une gare du Grand Paris Express.

9

Louvroil (59)

42 % · ×2,8 le taux national
Taux de pauvreté
42 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 180 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
37,3 %
France : 7,8 %

Louvroil a grandi avec l'acier. Dès le milieu du XIXe siècle, la petite commune de la vallée de la Sambre se couvre de hauts-fourneaux et de laminoirs. C'est ici qu'est fondée, en 1890, la fabrique de tubes qui donnera naissance au groupe Vallourec, dont le nom même assemble Valenciennes, Louvroil et Recquignies. L'usine sidérurgique Usinor y emploie encore 2 400 ouvriers en 1967. Puis vient le choc : le site ferme à la fin des années 1970, victime du basculement de la sidérurgie vers les ports. Des 56 hectares d'installations, il ne reste presque rien. Le taux de pauvreté atteint aujourd'hui 42 %. Louvroil n'affronte pas cela seule : l'agglomération de Maubeuge, à laquelle elle appartient, porte un vaste projet de renouvellement urbain de 262 millions d'euros, et la commune garde son parc, son château et un centre culturel.

10

Creil (60)

40 % · ×2,7 le taux national
Taux de pauvreté
40 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 440 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
24,2 %
France : 7,8 %

Creil doit tout au rail, et en a beaucoup souffert. L'arrivée du chemin de fer en 1846 fait de la ville un grand nœud ferroviaire et un pôle industriel : faïencerie renommée, fonderies, puis l'usine Chausson, qui assemble jusqu'à 650 véhicules par jour pour Renault et Peugeot au milieu des années 1970. La désindustrialisation emporte tout. La Vieille Montagne ferme en 1992, Chausson en 1996, et la ville-centre concentre la pauvreté de son agglomération : 40 % de ses habitants vivent sous le seuil, à peine un sur cinq est propriétaire. Creil se réoutille. Retenue dans le programme Action Cœur de Ville, elle rénove sa gare et son centre, et attend la ligne Roissy-Picardie, en travaux, qui la reliera directement à l'aéroport et au réseau à grande vitesse en 2028. Son musée Gallé-Juillet, installé sur les ruines d'un château royal, rappelle un passé bien plus ancien.

11

Garges-lès-Gonesse (95)

39 % · ×2,6 le taux national
Taux de pauvreté
39 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 750 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
17,7 %
France : 7,8 %

Garges-lès-Gonesse est une ville que les grands ensembles ont façonnée. En moins de vingt ans, entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1970, près de 9 500 logements sortent de terre, dont l'immense cité de la Dame Blanche. La commune prend le visage d'une banlieue populaire : familles nombreuses, jeunesse, plus de quatre logements sur dix en logement social. Survolée par les avions du Bourget et de Roissy, elle jouxte de grands bassins d'emploi aéroportuaires dont ses habitants profitent peu. Le taux de pauvreté atteint 39 %. La ville a choisi de se transformer en grand. Son projet de rénovation de la Dame Blanche, l'un des plus ambitieux de France, mobilise 320 millions d'euros, avec démolitions, réhabilitations et constructions neuves. Première du département labellisée « Quartiers résilients », Garges intègre désormais l'adaptation au climat à sa reconstruction.

12

Castillon-la-Bataille (33)

39 % · ×2,6 le taux national
Taux de pauvreté
39 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 750 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
18,8 %
France : 7,8 %

Castillon-la-Bataille porte le nom d'un tournant de l'Histoire : la bataille de 1453 qui, sur ses terres, mit fin à la guerre de Cent Ans. Le paradoxe de la commune tient en quelques kilomètres. Elle borde les grands crus de Saint-Émilion, parmi les vignobles les plus prestigieux du monde, et compte pourtant 39 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté. La richesse du vin ne redescend guère sur le territoire : la monoculture viticole, tenue par les négociants et les grands domaines, laisse surtout des emplois saisonniers et précaires. Le centre s'est dégradé, l'attractivité a reculé, et la ville figure de longue date parmi les plus fragiles de Nouvelle-Aquitaine. Elle réagit. Entrée en 2020 dans le programme Petites Villes de Demain, Castillon a engagé dix-sept millions d'euros sur dix ans, et fait revivre chaque été sa mémoire par un grand spectacle qui rejoue la bataille.

13

Avesnes-sur-Helpe (59)

38 % · ×2,6 le taux national
Taux de pauvreté
38 %
France : 14,9 %
Revenu médian
15 750 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
38,4 %
France : 7,8 %

Avesnes-sur-Helpe est une sous-préfecture qui a perdu son moteur. Nichée dans l'Avesnois rural, à la pointe sud du département du Nord, la petite ville a vécu de la métallurgie et de l'automobile d'un bassin, la Sambre-Avesnois, qui s'est effondré. Maubeuge a pris l'ascendant économique, et le territoire perd des emplois plus vite que la région. Le taux de pauvreté atteint 38 %, dans l'un des arrondissements les plus fragiles de France. La force d'Avesnes est ailleurs, dans ses pierres. Place forte du Pré Carré de Vauban, la ville conserve les deux tiers de ses remparts des XVIe et XVIIe siècles, ses bastions et sa porte de Mons, autour d'une collégiale gothique. Lauréate du programme Petites Villes de Demain, elle mise sur ce patrimoine remarquable pour retrouver de l'attractivité.

14

La Fère (02)

38 % · ×2,6 le taux national
Taux de pauvreté
38 %
France : 14,9 %
Revenu médian
16 210 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
30,4 %
France : 7,8 %

La Fère a vécu trois siecles pour l'armée. Une ordonnance royale de 1720 y installe l'une des premières écoles d'artillerie du royaume, où enseigne Bélidor, le théoricien qui donne à l'arme ses tables de tir. L'école s'installe au château en 1820 et y reste jusqu'en 1903. Le militaire parti, la ville n'a jamais retrouvé de moteur. Ses 2 800 habitants affichent aujourd'hui 16 210 euros de revenu médian, et 38 % d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Il reste pourtant un trésor que peu de communes de cette taille possedent. En 1860, la comtesse d'Héricourt de Valincourt lègue à La Fère sa collection de tableaux, à la seule condition qu'elle porte le nom de sa mère. Le musée Jeanne-d'Aboville aligne quelque 400 peintures flamandes, hollandaises et italiennes, dont le seul Dürer visible dans les Hauts-de-France.

15

Saint-Denis (93)

37 % · ×2,5 le taux national
Taux de pauvreté
37 %
France : 14,9 %
Revenu médian
16 470 €
France : 23 080 €
Taux de chômage
20,1 %
France : 7,8 %

Saint-Denis vit sur un contraste saisissant. La ville abrite la basilique où reposent presque tous les rois de France, et elle compte 37 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté. Son histoire récente est celle de la Plaine Saint-Denis, l'une des plus grandes zones industrielles d'Europe jusqu'aux années 1970, devenue ensuite l'une de ses plus vastes friches. Le travail y était partout, puis il a disparu, tandis que la ville accueillait, génération après génération, une immigration ouvrière venue de toute la Méditerranée. La reconquête est spectaculaire. Le Stade de France, en 1998, a donné le premier signal ; depuis, bureaux et logements ont recouvert les friches. Les Jeux de 2024 ont laissé un village olympique reconverti en quartier de ville, avec près de 2 800 logements. Et la rénovation urbaine du Franc-Moisin, engagée depuis 2014, mobilise environ 200 millions d'euros. Saint-Denis change de siècle.

Ce que la pauvreté dit vraiment du territoire

Croisé aux autres données officielles, le taux de pauvreté défait quelques idées reçues. Quatre lectures sur les communes concernées, qui décrivent un contexte et ne disent rien des habitants pris un par un.

Les plus pauvres ne sont pas les plus grandes villes

La commune la plus pauvre de France, Sainte-Foy-la-Grande en Gironde, compte à peine 2 500 habitants. Roubaix, la plus pauvre des grandes villes, plafonne autour de 100 000. Les métropoles, elles, restent loin des sommets. Paris affiche 16 % d'habitants sous le seuil de pauvreté, Lyon autant, Marseille 26 %, quand le haut du classement dépasse 45 %. La taille d'une commune ne dit presque rien de son niveau de pauvreté.

Les communes pauvres paient souvent une taxe foncière plus lourde

Voilà un paradoxe rarement dit. Là où les revenus manquent, le taux de taxe foncière grimpe plus souvent qu'ailleurs. À La Grand-Combe, ancienne cité minière du Gard, il atteint 77 %, contre une médiane nationale autour de 49 %. Roubaix approche 67 %, Denain 63 %. Une base fiscale faible pousse les communes à relever leurs taux pour financer leurs services. La tendance est réelle sans être une règle, plusieurs communes modestes d'Île-de-France restant sous la moyenne.

Des villes souvent abordables, mais pas toujours

Dans les anciennes villes industrielles du Nord et les petites communes rurales, la pauvreté va de pair avec des prix très bas. Le mètre carré tombe sous 1 000 euros à Denain comme à Sainte-Foy-la-Grande. Le lien n'a pourtant rien d'automatique. En Seine-Saint-Denis, des communes parmi les plus pauvres de France restent chères, faute de place autour de Paris. Aubervilliers dépasse 4 000 euros le mètre carré avec plus de 40 % d'habitants sous le seuil de pauvreté. La géographie du marché pèse autant que celle des revenus.

La pauvreté ne prive pas de fibre

On imagine volontiers les communes pauvres reléguées loin des réseaux. C'est plutôt l'inverse. La fibre suit la densité, et ces communes sont souvent des villes serrées où le déploiement est rentable. À Roubaix, 92 % des logements sont éligibles. À Louvroil, dans le Nord, près de la totalité. Leur couverture n'a rien à envier aux quartiers les plus aisés. L'accès au très haut débit ne se lit pas sur la carte des revenus.

Questions fréquentes

Rapportée à sa population, la commune au taux de pauvreté le plus élevé de France est Sainte-Foy-la-Grande, en Gironde, où 48 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de trois fois la moyenne nationale (14,9 %). Parmi les grandes villes, c'est Roubaix qui détient ce triste record, avec 46 % de sa population sous le seuil. Le classement mesure la part des habitants dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian national, d'après les données fiscales de l'INSEE.

Roubaix est la grande ville la plus pauvre de France, avec 46 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté, un cas unique pour une commune de près de 100 000 habitants. Mais quelques communes plus petites affichent un taux encore supérieur, comme Sainte-Foy-la-Grande (48 %). Roubaix reste la référence quand on parle des grandes villes, un héritage de l'effondrement de son industrie textile, qui employait des dizaines de milliers d'ouvriers.

En France métropolitaine, la Seine-Saint-Denis est le département au plus fort taux de pauvreté, avec environ 28 % des habitants sous le seuil, loin devant les autres. Côté régions, la Corse et les Hauts-de-France se tiennent en tête, autour de 18 %. Ces chiffres excluent les territoires d'outre-mer, plus touchés encore. Notre classement des villes les plus pauvres s'appuie sur le taux de pauvreté et le revenu médian de l'INSEE, commune par commune.

Le taux de pauvreté est la part des habitants dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé en France à 60 % du niveau de vie médian national. Le niveau de vie tient compte des revenus après impôts et prestations sociales, rapportés à la taille du ménage. La source est le dispositif Filosofi de l'INSEE, construit à partir des déclarations fiscales et des prestations sociales, millésime 2022. C'est la mesure officielle de la pauvreté monétaire en France.

Parce que l'INSEE ne publie pas le taux de pauvreté des communes de moins de 1 000 habitants, ni de celles où trop peu de ménages sont concernés, pour protéger le secret fiscal. Environ 4 030 communes de France métropolitaine sont couvertes. Si vous cherchez une petite commune dans la barre en haut du tableau et qu'elle n'apparaît pas, c'est que l'INSEE ne diffuse pas sa donnée, et non qu'elle serait épargnée par la pauvreté.

Presque toujours pour des raisons structurelles, pas individuelles. Beaucoup sont d'anciennes villes industrielles, textiles ou minières, où la disparition des usines a emporté l'emploi et laissé une population fragilisée, du Nord à l'ancien bassin minier. D'autres sont des communes de banlieue qui concentrent le logement social et l'accueil des ménages modestes de toute une agglomération, en Seine-Saint-Denis notamment. La plupart bénéficient de programmes publics lourds de rénovation urbaine et de revitalisation.

Le taux de pauvreté et le revenu médian proviennent du dispositif Filosofi 2022 de l'INSEE, la dernière année disponible pour cette donnée fiscale, publiée avec deux ans de recul. Le taux de chômage affiché vient du recensement de 2021. Ce sont des données officielles, pas des estimations. La pauvreté monétaire évolue lentement d'une année sur l'autre, ces chiffres restent donc représentatifs de la situation actuelle.

Non. Un taux élevé décrit une réalité sociale, il ne résume pas une ville. Beaucoup de ces communes ont un patrimoine, une vie associative dense, des prix de l'immobilier accessibles et des projets de renouvellement urbain financés à hauteur de centaines de millions d'euros. La pauvreté se concentre souvent dans quelques quartiers, tandis que le reste de la commune vit tout autrement. Le chiffre est un point de départ pour comprendre un territoire, pas une étiquette.